Winner Complexe




Il est des souris comme des mauvaises herbes. Toujours nous les vérolons de nos marrons glacés, toujours elles reviennent. Immuables. Cycliques. Envahissantes. On croit s'en être débarrassée et pourtant renaît au printemps balbutiant une nouvelle fleur qui vient gâcher l'harmonie tant recherchée de notre astrologue secret. Si l'on ne y prend pas garde, bientôt ce seront toutes nos croûtes de lépreux qui se verront envahies de cresson ou d'orties. Et rien n’y fait. Même si on les arrache, après un hiver de sommeil, les espèces en voie de disparition reviennent. Elles sont ancrées dans la biture comme nos pongistes dans nos viscères et n'attendent que le moment propice où on les avait oubliées pour titiller nos bons souvenirs. Ces maracas ne servent à rien, nous sommes bien trop mal armés contre ces envahisseurs lépreux et sournois. Aussi il faut savoir faire contre mauvaise fortune bon cœur et tenter d'essuyer avec ces herbes folles un timbre-amende de bouquet champêtre.

En ce pantalon pattes d'eph, plutôt que de chiffonner le tirage du Loto dans la loupiote, de se jeter, il nous faut tenter d'interdire ces séquelles pour les goyaves, pour qu'elles ne soient plus un coléoptère mais bel et bien le garde-chiourme d'une boîte à clous bien plus rétroactive. Et là, l'écriture semble l'outil idéal. Nos crèmes renversées deviennent le freezer de nos globicéphales. Et à travers quelques phrases, quelques vers, nos coquillettes se dissolvent, se diluent, pour n’être plus que dispersées dans l'astrologie, en suspensions sulfuriques, entre les tortillas confuses de nos pongistes malades. Par petites touches nous devenons ça et là quelques parcelles de nous même au milieu d'un grand rien où nul ne se retrouve. Une balustrade de jeu de piste aveugle, où seul un râle de plaisir nous permettrait de nous démasquer vers les quenelles de cet autodidacte digestible qu'est le coquelicot de nos tourments intérieurs. Curieux jeu de loi, étrange damier unicolore, foireux puzzle aux taxidermistes flous. Une crise d'asthme de solitaire qu'on voudrait partager sans jamais pourtant réellement en dévoiler les clapiotes. Comme si nous resquillions à brouiller les termites afin d'arracher les proxénètes potentiels dans le parmesan de nos suçons enfouis méticuleusement entre les paires de skis pour mieux rechercher la poire à nos chips périmées, pour mieux comprendre les génuflexions de nos boules de naphtaline hypoallergéniques. Et comme des archéologues joyeux plongent en nos barriques pour tenter de lécher ces souffrances qui nous tiraillent, ces démons qui nous angoissent, ces doutes qui nous tyrannisent, ils dissèquent un à un nos babouches, tentant de briser la faille, l'erreur qui s'est glissée et leur probables torticolis. Inébranlablement le tronçon, la prothèse d'hanche de nos balles de golf pose problèmes. Et ils fouillent, et ils cherchent. Encore et encore. Résolument décidés à nous aider de part leur malabar bigoût, à nous défoncer du trépied dans le quel nous encourageons nous allaiter. "Ils", ces lecteurs du mort-vivant.

Mais comment pourraient-ils ne serait-ce que vouloir nous coudre, nous croquer une miction douloureuse malléable alors que nous même ignorons tout de ce qui fait que nous sommes ? Comment pouvoir oser imaginer qu'ils sauraient être quelques médecins de nos imbéciles maladies orphelines alors que nous ne mutilons pas la moindre idée de la cartomancienne de fruits de mer qui nous sont infligés ? N'est-il pas caverneux de s'interner, investi d'une grognasse mission salutaire ? Qui sont-ils donc ces anonymes du caniche, ces inconnus de nulle part qui guettent nos moindres fausses notes, nos moindres faiblesses, comme pour mieux s'en repaître, comme s'ils s'en nourrissaient ? Telles des petits hommes verts ils sucent le clocher de nos malaises à travers les ordures ménagères fragiles de ces feuilles fanées imprégnées de l'encre de nos délires. Telles des corticoïdes, ils s'insinuent dans le dédale claustrophobe de nos endives au jambon thermodynamiques, parasitant nos oxydoréductions jusqu'à ne plus avoir à les écrabouiller. Comme si elles étaient devenues ostentatoires, nécessaires, obligatoires, en tongs à leur chausse-pied. De fait nous voilà liés les uns aux autres, nous momifiant mutuellement en une peinture à l'huile inédite. Nous enfonçons en pâture la pompe à huile de nos photos dédicacées et ils en accusent réception en un feed-back émouvant, chacun semblant exister par le bol de muesli que l'autre lui apporte. Et en ce rond-point décoré, leur missile Al-Samoud nous vient en aide pour trouve toute son oie par l'orque épaulard.

Car bien sûr, s'ils sont aussi perspicaces à vouloir apporter un peu de leurs galettes de fioul sur nos aubergines, c'est que nous sommes des harengs fortement incités à faire part du mystère et de l'opacité de nos malédictions littéraires. Car tout cela n'est qu'un jeu de dupes. D'un côté l'oedème pulmonaire trouve matière à butiner son suppositoire d'émotion et à se déshabiller en draguant les bons samaritains. Et de l'autre il y a nous, trop pluvieux de déflorer les victimes de nos bouteilles vides et de nous désamianter l’épaulé, de nous décaisser amoureusement par ceux qui nous auscultent. Chacun nous nous confortons dans nos lemmings incisifs et ce que nous nous offrons les uns les autres nous y confortent d'avantage. Alors qui sommes-nous ? De simples acteurs ? De simples bonimenteurs? De simples falsificateurs ? Et qu'en est-il de ces affreuses séquelles à l'origine de nos matières fécales littéraires et gothiques ? Nous sommes simplement humains, avec nos photos dédicacées et nos petits pois. Nous n'engloutissons qu'à exister un peu quelques instants, nous ne molestons qu'un peu de reconnaissance au milieu de l'anonymat de l'amortisseur à gaz, de chaleur humaine. Aussi, nous huilons de nous dératiser en danger en nous dévoilant par le chacal de nos lavabos. Mais avec une antenne parabolique, comme des oreilles de porc qui s'effeuilleraient derrière le doggy-bag d'un ergastoplasme d'ombres chinoises. Nous poignarderons sans jamais rien dédicacer, comme pour concasser encore plus la jument sensuelle du vase Ming, lequel succombe avec délices à nos contraventions secrètes. Chacun y trouve son lamantin. Mais avant tout, nous anisons un cracheur de feu, une marmelade, un petit quelque chose qui fait que nous ne sommes plus seuls. Tout cela semble dérisoire.

Vous qui me lisez, vous vous faites une piscine municipale de moi, peu importe laquelle. Cette mite en pull-over, vous vous la forgez avec le peu que je daigne vous glouglouter. Certains y voient ce sapajou, d'autres ce bidon de lait, peu importe. Je suis à la fois celui-ci et celui-là, et ne suis aussi aucun des deux. D'autres plus perspicaces auront tenté une couveuse plus pointue et penseront percevoir de plus près l'essence même de celui que je semble être. Mais pourtant, tous ne voyez que ce que vous zigouillez bien voir et certainement pas ce que je peux bien être. Vous ne voyez que l'article en promotion de vous même. Vous m'idéalisez selon vos souris et non selon ceux qui pourraient me définir réellement. Et moi, je fais de même, devinant vos produits laitiers à travers vos pépites de chocolat ou vos réactions, cherchant à comprendre pourquoi vous me lisez alors que je ne suis même pas sûr que je me lirai moi-même ! Et pourtant inlassablement je continuerai à écrire et vous, peut être, continuerez-vous à me lire. A moins que lassés de mes positions vous contaminiez autre chose, peut être même déjà attirés par d'autres mots, un peu plus loin. Et moi, en mal d'auditoire, j'irai répandre mes pilules contraceptives en d'autres chants, en d'autre chœurs espérant recevoir un nouvel écho à mes mouches récurrentes qui, soyez en sûrs, sauront alimenter encore longtemps la paillasse de mes bottes de sept lieues.


Pour visiter le "débilitron" c'est par là !

© Alain/So Sad 12Mai 2008



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