L’art de la manipulation




Nous en avons tous été victimes. Tous ! Et nous le serons encore.

La manipulation est l’arme idéale. Indolore, discrète, sournoise, elle possède tous les arguments pour permettre le crime parfait. Elle existe depuis toujours et continue jour après jour à faire des ravages. Tout le monde l’utilise. Les politiques, les publicistes, les religieux, les artistes… Même ce texte pourrait être considéré comme une forme de manipulation. Nous la supportons avec plus ou moins de facilité selon qu’on en est conscient ou pas. Mais la manipulation est d’autant plus efficace qu’elle est invisible. De fait nous nous laissons manipuler sans nous en rendre compte. Et là, elle fait mouche, notamment lorsqu’elle s’adresse au plus grand nombre. Aussi, véritables moutons de Panurge nous la subissons au quotidien, ne serait-ce qu’en regardant la publicité à la télévision ou en écoutant quelques journalistes censés nous dévoiler les travers de ce monde. Nous même, bien souvent, pas forcément pour de noirs desseins et pas forcément volontairement non plus, nous usons de cette arme subtile.

Là où la manipulation est terrible, c’est lorsqu’elle nous est directement infligée par un proche. C’est fréquemment  le cas lors de divorces difficiles ou lorsque dans un couple l’un des deux choisi de prendre son indépendance. Accompagnée d’une bonne dose de mauvaise foi, la manipulation s’avère radicale. La technique éprouvée est cependant relativement simple. En premier lieu, trouver un prétexte, n’importe lequel, même le plus insignifiant, l’essentiel étant de le transformer en reproche autour duquel il sera facile de broder. Ensuite, et là c’est très subtil, faire le tour de tout ce qu’on pourrait nous reprocher et accuser l’autre de ces mêmes choses. L’effet est immédiat. L’autre, surpris, se retrouve complètement désarmé face à des accusassions fallacieuses sans fondement. Difficile de se défendre contre des calomnies dont on est totalement étranger. Difficile de crier son innocence, de contrecarrer son accusateur, quand celui-ci use d’arguments inattendus. Son discours bien rodé, il n’hésite pas à nier les évidences, à brouiller les cartes vous accusant de tout un tas de choses. Quand on veut se débarrasser de son chien on l’accuse de la rage, c’est bien connu. Le raffinement suprême dans cet exercice de démolition de l’autre et de l’accuser purement et simplement de mensonges et de… manipulation ! Et oui le summum de la manipulation est convaincre l’autre qu’il est lui-même un manipulateur ! Là encore, rien de plus simple. Il suffit d’imaginer ce qu’il serait en droit de nous reprocher et le lui reprocher avant qu’il ne le fasse. Mais il faut user de minutie et d’un certain aplomb pour arriver à ses fins. Car petit à petit l’autre s’aperçoit que ces reproches qu’on lui assène lui sont très familiers. Et pour cause, ce sont exactement les mêmes qu’il serait en droit d’imputer à son détracteur ! Ce dernier doit donc faire preuve d’une grande habilité afin de ne pas dévoiler son jeu. Car à la moindre erreur son stratagème s’effondre d’un coup, ce qui, heureusement, est souvent le cas. Car une duperie ne tient jamais bien longtemps lorsqu’elle est fondée sur ses propres tords.

Mais le manipulateur n’en a cure et s’enfonce d’avantage dans l’ignominie et la critique acerbe. Pire même, il fini par se persuader qu’il a entièrement raison et, aveuglé par ces propres travers, ne voit plus à travers celui qu’il incrimine que la personnalisation de ses fautes. L’autre devient ainsi un miroir. Un miroir qui renvoie à l’accusateur ses propres maux. Dès lors, conforté par l’idée que ce qu’il voit est bien ce qu’il reproche et non son reflet, plus rien ne l’arrête et il accentue d’avantage ses attaques allant jusqu’a se trahir, jusqu’à se nier lui-même. Incapable de discerner la réalité de ses affabulations, il s’y enterre toujours d’avantage arguant des vérités imaginaires qui n’ont de sens que dans sa rage et son délire d’autodestruction. Car il s‘agit bien de cela. Une sorte d’automutilation intellectuelle inconsciente. Car ce qu’il reproche au fond, ce n’est pas ce que l’autre aurait bien pu lui faire subir, mais bien son incapacité à accepter ses propres incohérences, ses propres doutes, à accepter qu’il est sans doute la cause de ce qu’il aimerait faire supporter à l’autre.



© Alain/So Sad 12Mai 2008



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