La Sublimation de la confiance



Ne plus avoir confiance, c'est refuser le bénéfice du doute.

Ne plus accorder sa confiance, c'est craindre de perdre son intégrité.

Ce n'est pas tant la peur de ce que l'autre pourrait nous faire subir mais plutôt celle de se sentir nu, désarmé et ne pas savoir comment réagir face à des réactions qui pourraient nous paraître déconcertantes.
 
Mais est-ce que donner sa confiance signifie tout accepter ?

La confiance est une denrée périssable, elle a ses propres limites qu'on s'interdit de voir lorsqu'on la donne mais qui nous brulent les yeux lorsqu'elles nous paraissent atteindre l'inacceptable. Mais celui qui bénéficie de cette confiance, comment peut-il en juger l'étendue ? Est-il seulement conscient qu'il en outrepasse le degré extrême ? Par définition il se sent justement en confiance et ose, sans le vouloir sciemment, en toute honnêteté, sans imaginer un instant pouvoir blesser, des libertés qu'il s'interdirait s'il ne se sentait pas en cet état de confiance. Accorder sa confiance c'est accepter que l'autre puisse déraper tout comme nous pourrions le faire nous même. C'est un jeu de miroir où chacun prend le risque d'être confronté aux erreurs, aux faiblesses de l'autre. Perdre sa confiance en quelqu'un c'est s'avouer soi même incapable d'être réellement digne de confiance. Car de fait on imagine ce que l'autre serait susceptible de nous infliger, et notre imagination n'est que le reflet de ce que nous, nous pourrions faire. Notre imaginaire est conditionné par ce que nous sommes, ce que nous vivons. Nous n'inventons rien, nous ne faisons que transposer nos propres histoires, nos propres réactions. Et c'est bien cela qui nous effraie. Voir à travers l'autre nos propres faiblesses. Nous serions bien prétentieux de prétendre tout savoir de l'autre, aussi affirmer qu'il pourrait avoir telle ou telle réaction serait pure spéculation hasardeuse. En revanche nous connaissons parfaitement nos pulsions épidermiques, nous savons ce que nous sommes capables de faire et jusqu'où nous irions et c'est bien cela qui nous fait peur. Les grandes phobies ne naissent pas sans raison. Elles sont les fruits d'une crainte avérée, d'une situation vécue même si parfois le temps nous a rendus amnésique.

Alors comment gérer cette confiance ? Comment la donner sans risque ? A t'elle seulement une véritable valeur ? Que sommes nous tenus de supporter et en quoi celui qui la reçoit en est-il redevable ? Vastes questions... Pour certains peut-être n'est-ce qu'un simple mot, une tournure de phrase sans véritable fondement comme on en emploie tant dans le langage de tous les jours. Pour d'autres est-ce seulement une marque d'affection qui s'altère avec le temps, tout comme les promesses énoncées à la hâte. Mais j'ai espoir qu'il existe néanmoins quelques personnes pour qui tout cela a un sens bien plus profond et qu'ils en mesurent bien toutes les implications et conséquences. Quoiqu'il en soit avant de déclamer un tel serment sans doute faudrait-il s'interroger quant à ce qu'on veut bien sous-entendre par "confiance". Car celui qui est censé en être bénéficiaire n'en a peut être pas tout à fait la même notion que nous. Ce qui peut nous sembler une parole anodine peut sonner comme une véritable carte blanche, un quitus inaliénable à tout ce que le mot "confiance" peut représenter.

Bien entendu, honorer de sa confiance n'ouvre pas la porte à tout et n'importe quoi. Il peut être légitime parfois de la reconsidérer et de la déclarer nulle et non avenue. Mais dans ses conditions c'est reconnaître ses propres erreurs. C'est faire son mea culpa en étant conscient qu'on avait surestimé sa capacité d'accepter, par définition, tout ce que l'autre était potentiellement capable de nous faire partager, le meilleur et malheureusement le pire. Seulement il semblerait qu'on accepte justement ce qui est, à nos yeux, le meilleur, en excluant ipso facto tout ce qui pourrait être contraire à nos critères d'acceptabilité. En fait, nous limitons notre capacité de confiance au champ restreint de nos seuls désirs, de notre seul plaisir en faisant abstraction des aléas qui jonchent le quotidien de l'autre. De là à considérer la confiance comme un acte égoïste, voire égocentrique, il n'y a q'un pas que je franchis allègrement. Car offrir sa confiance est prouver qu'on est prêt à la partager, c'est mettre en valeur son abnégation. C'est prouver à l'autre que l'on peut tout, que l'on est prêt à tout recevoir de lui et à tout lui donner bien sûr. Mais là encore c'est soi-même que nous mettons en avant, ce sont nos qualités d'écoute, d'acceptation, de partage. Des qualités que l'on surestime bien trop souvent, tout du moins tant qu'elles ne sont pas confrontées aux bornes que l'on s'est fixées sans jamais se l'avouer.

Donner sa confiance n'est pas un acte gratuit. C'est ouvrir à l'autre la possibilité d'être lui-même totalement, sans tabou, librement. C'est reconnaître ses qualités, accepter ses défauts, excuser ses fautes, effacer ses erreurs. La perfection n'existe pas, nul n'est à l'abri d'un faux pas, d'une chute, d'une mauvaise interprétation, d'une incompréhension. Nous sommes tous, un jour ou l'autre confrontés à un choix qui n'est pas forcément le bon, qui n'est pas toujours bien compris. Et alors ? Cela enlève t'il de ce que nous sommes fondamentalement ? Cela est-il suffisant pour annihiler tout un passé ? N'est-ce pas justement affirmer sa confiance que de, non pas fermer les yeux, mais au contraire montrer à l'autre qu'il fait fausse route et que nous sommes là pour l'aider à reprendre le bon chemin ?
C'est facile de baisser les bras, de dire "stop", de tout foutre en l'air, de tout renier et de passer à autre chose. Il faut bien plus de force de caractère pour s'accrocher, tenir bon, défier les écueils et donner à l'autre bien plus que ce qu'on attend de lui.

Sans doute la confiance est-elle biodégradable et s'évapore t'elle instantanément aux premières chaleurs, passant de l'état solide à l'état gazeux. C'est ce que les physiciens nomment  : la sublimation....

Alain-So Sad Février 2007


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