Passion BD : Jaunes


Par Jan Bucquoy (scénario) et
Tito (dessin).

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et celui de ses autres créations

Daniel Jaunes est un jeune inspecteur de police belge, torturé par un passé douloureux. Alors que la seconde guerre mondiale faisait rage, son père d’origine juive fut exécuté par les membres d’une organisation fasciste belge, les Rexistes. Mêlant avec brio différents genres, policier, historique et fantastique, la série Jaunes alterne ses énigmes entre la période actuelle et les années de guerre, les personnages évoluant d’une époque à l’autre en fonction des troubles psychologique du héros. Un anti-héro d’ailleurs, tant Daniel Jaunes subit d’avantage les évènements plutôt qu’il ne les déclenche. Personnage introverti sans réel relief, il se laisse envahir par ses démons entre cauchemars et réalités découvrant des secrets à jamais enfouis dans son inconscience. Volontairement construite sur un  rythme lent, la complexité de l’histoire s’articule autour du fascisme et de la personnalité tourmentée de Daniel Jaunes. Bien que les références historiques à la Belgique sont nombreuses et bien souvent obscures pour le néophyte, Jan Bucquoy, le scénariste, parvient à nous tenir en haleine et à nous intéresser à ce passé peu glorieux de son pays. Visionnaire il dépeint les futures montées simultanées du fascisme et du racisme de ces dernières années par un habile va et vient à travers le temps et les époques, entre hier et aujourd’hui.





Tome 1 : Aux limites du réel
Publié en octobre 1980 aux éditions Glénat







Pour Daniel tout débute par une mutation à la police judiciaire de Dinant où il se rend sans grande conviction, la ville lui paraissant une cité sans grande animation. Cependant dans le train qui le mène à Dinant, il a une curieuse conversation avec une femme qui lui relate l’assassinat de son fils par la Gestapo. Simple coïncidence ou véritable manipulation ? Jaunes s’interroge, car il y a peu, à Bruxelles, il avait reçu une étrange lettre datée de… 1938, contenant une carte du parti rexiste à son nom ! Et le mystère s’épaissi d’avantage lorsqu’arrivé dans sa nouvelle affectation, il doit enquêter sur l’incendie du château du Comte de Mall, lequel fut exécuté par les nazis en représailles d’une attaque de ses chiens contre un officier. Dans les ruines fumantes il découvre un livre « Le manifeste du Rexisme » ! De retour à son hôtel, il trouve une nouvelle carte du Rex, l’invitant à se rendre à une réception dans ce même château ! Intrigué, il s’y rend. Sa surprise est de taille lorsqu’il constate que la bâtisse est en parfait état ! Pas la moindre trace d’incendie ! Plus étrange encore, la réception est une fête nazie dont l’une des principales attractions est une jeune violoniste qui n’est autre que sa voisine de palier ! Bien vite, les convives remarquent la présence indésirable de Jaunes. Il doit prendre la fuite. Dans sa course, il se saisi d’un chandelier qu’il jette à ses traqueurs, provoquant l’embrassement du château ! Il parvient néanmoins à s’enfuir par un passage secret que lui indique… le Comte en personne ! Ce dernier rattrapé par les allemands est aussitôt fusillé dans la cours du château. Quant à Jaunes, il se réveille sur un lit d’hôpital. Un bien curieux cadeau l’attend à son chevet…






Tome 2 : Gérard le Diable
Publié en octobre 1981 aux éditions Glénat


Toute aussi inattendue est la mésaventure qu’il va vivre à Gand. Alors qu’il est invité à une soirée d’anciens élèves, il est appelé sur la scène d’un meurtre plutôt surprenant. Au milieu de sa collection d’objets de la seconde guerre mondiale, un homme est retrouvé sans vie, poignardé. Fait troublant, l’arme du crime est entre les mains d’un des mannequins de cire de sa collection ! Lors de sa soirée, Jaunes fait la connaissance d’une charmante demoiselle. Rapidement, ils décident d’aller prendre l’air. Chemin faisant, la jeune femme lui parle de ses mémoires d’après guerre, ce qui ne manque pas d’étonner Jaunes ! Comment étant si jeune, peut-elle bien avoir de tels souvenirs ? Soudain en passant devant le donjon dit de Gérard le Diable, ils entendent une détonation. Jaunes reprend alors sa casquette d’inspecteur et se rue dans le bâtiment. Ce qu’il y voit, le laisse sans voix. Un homme habillé en nazi git parmi une collection de mannequins pareillement vêtus qui fixent Daniel et son amie de leurs regards de cire ! Alors qu’ils sortent appeler les secours, ils assistent dans la rue à une rafle de juifs ! Médusé Jaunes y aperçoit son père ! Retrouvé le lendemain devant le donjon, les collègues de Jaunes penseront pour une mauvaise « cuite ». Cependant Daniel décide d’enquêter. Il découvre alors que, quarante ans auparavant, en plein occupation allemande, au cours d’un voyage scolaire, un car de jeunes filles visite Gand. Leur visite les mène au Donjon de Gérard le Diable, dont la légende dit qu’il arrachait le cœur de jeunes vierges qu’il séduisait. De retour en classe, la robe de la prof qui les accompagnait prend feu sans explication et trois jeunes filles disparaissent. L’une d’elles est la jeune étudiante rencontrée lors de la soirée.


Tome 3 : Ordre nouveau ?
Publié en septembre 1982 aux éditions Glénat





Perdre sa mère est une expérience des plus douloureuses. Pour Jaunes ça devient vite un véritable cauchemar lorsque le rabbin appelé pour l’occasion est molesté par un groupe néo-nazi. Le traumatisme s’accentue d’avantage quand Jaunes reçoit de ce même rabbin, un étrange paquet contenant un surprenant et lourd secret de famille ! Jaunes a eu un frère, appelé également Daniel ! Il se serait engagé dans le mouvement rexiste durant la deuxième guerre mondiale où il aurait reçu une formation militaire à Dinant, dans le fameux château ! Il serait même responsable de l’arrestation de leur père et sa petite amie était une violoniste… On l’imagine cet héritage insoupçonné a de quoi perturber le jeune inspecteur d’autant plus que les manifestations antisémites resurgissent et gangrènent le royaume belge. A tel point, qu’une étoile juive est taguée sur la porte de chez Jaunes et que les employés des pompes funèbres préfèrent enlever le corps de sa défunte mère à 5 heures du matin, en toute discrétion ! Mais alors que Daniel est au plus bas, son amie, la fille du commissaire lequel par ailleurs n’apprécie pas sa liaison avec un juif, lui avoue son désir de faire l’amour. En perdant alors sa virginité, Jaunes voit ses démons disparaître. Une nouvelle vie semble s’offrir à lui ainsi qu’à tout le pays…







Tome 4 : Le transfert slave
Publié en mai 1984 aux éditions Glénat



Un bonheur de courte durée… Deux ans suffiront pour que Jaunes, séparé de son amie, remercié de la police, sombre doucement dans l’alcool. C’est alors qu’il se voit proposé par Daelemans, le chef de la Brigade de Surveillance et de Recherches, une mission bien particulière. Il est censé prendre la place d’un politicien tchécoslovaque invité en France pour dénoncer la politique de son pays. La ressemblance entre les deux hommes est frappante et Jaunes accepte le défi. Il se retrouve donc dans la peau de Karol Chaumski à déclamer des discours qui lui son étrangers. De son côté Karol, prend la vie de Daniel, l’ex petite amie de ce dernier, Lisa, ayant du renouer leur liaison pour l’occasion. L’illusion est totale ! Même les services secrets tchécoslovaques se font berner et finissent par enfermer le faux Karol dans un asile de Tchécoslovaquie pour cause d’amnésie et de folie. Par chance, le père de Karol est un membre influent du comité central. Il réussi à sortir Daniel de ce mauvais pas et l’aide à rejoindre la Belgique. Il lui révèle alors un nouveau secret bouleversant. Il a eu un fils durant la seconde guère mondiale avec une résistante qui l’a sauvé d’une mort certaine. Son véritable nom est… Daniel Jaunes ! Si Jaunes n’est pas au bout de ses peines, les auteurs rencontre eux aussi quelques soucis. Certains dialogues seront censurés en Belgique pour manque de respect à la famille royale. La version française est heureusement intégrale.



Tome 5 : Affaires royales
Publié en janvier 1986 aux éditions Glénat









La censure frappe une fois encore lors de la parution dans le journal « Circus » du 5ème tome de la série « Affaires Royales ». Le journal sera distribué avec quelques difficultés, les pages contenant le premier chapitre de l'épisode, arrachées. Tout débute par un attentat en plein cœur du palais royal. Un dissident tchèque du nom de Chaumski est rapidement soupçonné. Il s’agit en fait de Daniel qui a du conserver l’identité de son double pour avoir une existence « légale ». Durant son arrestation, celle avec qui il vit à présent, la véritable petite amie de Chaumski, Maria, est défenestrée. Tandis que Daniel est poussé au suicide lors de sa garde à vue, karol apprend simultanément la mort de son père et de Maria. Parallèlement un scandale financier ronge la famille royale et son passé peu glorieux avec le pouvoir nazi fait la une des journaux. Petit clin d’œil en page 12 où on voit un journaliste bien français interviewer un passant plutôt remonté contre la royauté qui n’est autre que… Jan  Bucquoy ! Quoiqu’il en soit, Karol marqué par la perte successive de ceux qu’il avait de plus proche comprend que Daniel et lui sont victimes d’une machination fomentée par Daelemans et Lisa. Il décide de rendre sa liberté à Daniel en prenant sa place en prison. Daniel doit alors faire face à une bien curieuse réalité où les morts du passés interfèrent avec le présent.






Tome 6 : Hotel des thermes
Publié en février 1986 aux éditions Glénat


Daniel est au plus mal. Ce qu’il a vécu ces dernières années l’ont fortement perturbé. Il décide donc de prendre une année de congé sans solde pour tenter de se reconstruire en faisant le vide autour de lui. Alors qu’il se rend chez sa grand-tante, la propriétaire de l’Hôtel des Thermes, juste après sa visite  de chez son psy à qui il raconte ses rêves récurrents, il est responsable d’un terrible accident dans lequel une jeune femme trouve la mort. Arrivé à l’hôtel, il est stupéfait par la ressemblance de l’endroit avec le lieu qui hante ses cauchemars. La veille tante acariâtre qui le reçoit, lui révèle qu’il est né et a grandi dans cet hôtel ! Un souvenir que son inconscience avait oublié. Tout lui revient en mémoire et son passé douloureux ressurgi. Cependant, sa grand-tante lui rappelle qu’elle l’a fait venir pour enquêter sur une sombre historie d’empoisonnement des eaux thermales. Et même si l’intérêt de Daniel pour cette histoire est plus que limité, il accepte de se rendre au bal des Sources où il est convié afin de rencontrer tous les acteurs de cette énigme. A sa grande surprise, il fait la connaissance d’Eve, une jeune fille ressemblant trait pour trait à la femme qu’il a tuée sur la route.

Tome 7 : Labyrinthe
Publié en novembre 1989 aux éditions Glénat








Plongés dans un profond coma Daniel et Eve font l’objet d’une attention toute particulière. A leur chevet se succèdent médecins, chercheurs et même un médium psychologue. Tant de spécialistes n’est pas sans raison et pour cause… Daniel et Eve communiquent entre eux par rêve interposé. Pour les sortir de ce coma, ces imminents scientifiques vont tenter de pénétrer dans leur rêve. Un rêve pour le moins agité d’ailleurs, dans lequel Daniel est confronté à un labyrinthe qu’il doit traverser pour rejoindre Eve. Un labyrinthe empli des démons qui ont jonché son destin. Parmi ceux-ci, le décès d’une jeune fille mordue à mort par un chien… Daniel se sentait coupable de n’avoir pas su faire face à l’animal enragé. Grace au médium qui fini par entrer dans son rêve, Daniel trouve la solution. Il parvient par dominer enfin ses frayeurs et tue le chien ! Dès lors, prêt à affronter la réalité, à être enfin un homme, il libère son corps et celui d’Eve. Tous deux sortent du coma.







Bien plus qu’une simple bande dessinée policière, Jaunes est une véritable série fantastique où le temps et l’espace s’interfèrent. Où la mort n’est qu’un état second qui influence la vie des protagonistes. Bien que très marquée par des évènements politico-historiques, elle puise ses mystères dans l’univers des légendes inexpliquées pour en alimenter un présent torturé. Jaunes est un héro malgré lui. Il n’en a ni l’étoffe, ni le caractère. Pire même, il en est l’antithèse ! Psychologiquement perturbé, il manque cruellement de charisme et réagi souvent de façon lâche, comme résigné par tout ce qu’il lui arrive. Le tour de force des auteurs et, faute de le rendre attachant, même physiquement il est très quelconque, de lui offrir une vie extraordinaire pour le moins mouvementée. Un homme quelconque, comme vous, comme moi, a qui tout peut arriver… Servie par un graphisme clair, précis et richement documenté, cette série est une réussite à tout point de vue pour qui se laisse emporter par cet univers fantastique. 



© Alain/SoSad 04/05/2008 00h10



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